Interview du dr Jeziorski

Coronavirus

[Video] Les enfants face au COVID-19 : "La probabilité qu’il y ait des cas graves chez les enfants est faible"

Interview du Dr Eric Jeziorski, pédiatre infectiologue, responsable du service des urgences et post-urgences pédiatriques.

Publié le

Service : Urgence et Post-urgence pédiatriques

Que pouvez-vous nous dire sur le COVID-19 chez les enfants ?

Les informations qui nous parviennent sont de deux types : les informations pour voie de presse et les informations scientifiques.

La presse a rapporté plusieurs cas de nourrissons, d'enfants ou d'adolescents qui sont décédés du COVID-19 en France, en Belgique, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Ces informations sont très inquiétantes pour la population mais il faut les prendre avec du recul car on a, en fait, très peu de données sur ces cas, il faut donc attendre avant d'en tirer des conclusions.

L'information scientifique, issue des études de pays étrangers qui ont déjà essuyé l'épidémie, nous apprend que très peu d'enfants sont atteints de forme grave de COVID-19. Dans l'étude chinoise, la plus large à ce jour, qui s'est intéressée à une population d'enfants atteints et hospitalisés, seulement 1% des enfants présentaient une forme grave.

Si on étudie plus précisément ces cas, on s'aperçoit que ces enfants avaient souvent soit une pathologie associée, soit une autre pathologie autonome ; le coronavirus a été retrouvé dans ce contexte.

L'autre élément important, c'est qu'il y a énormément de portage c'est-à-dire que les enfants qui vont être affectés sont asymptomatiques : soit ils n'ont aucun symptôme, soit des symptômes minimes de type nez qui coule.

Dans notre expérience locale, les enfants que nous avons diagnostiqués (moins de 10 patients sur le CHU de Montpellier) étaient très peu atteints avec soit pas du tout de symptômes, soit un rhume ou une fièvre de quelques heures. Il n'y a eu aucun cas grave et la probabilité qu'il y en ait un est relativement faible si on regarde l'épidémiologie et les données de la littérature médicale.

Quelles sont les précautions à prendre ?

Si les enfants sont peu atteints ou présentent rarement des formes graves, en revanche ils sont très probablement souvent infectés. D'ailleurs, on sait qu'ils peuvent être contagieux pendant plus longtemps que les adultes. 

Parallèlement, les enfants sont moins à même de respecter les règles d'hygiène parce qu'ils aiment la promiscuité, ils jouent entre eux, ils ont besoin de contacts physiques. Il est donc important de trouver un juste milieu.

Les règles sont simples et bien connues :

  • Le lavage des mains, qui fait partie à part entière de l'éducation des enfants, avant et après manger et actuellement aussi entre les périodes de repas ;
  • Le port du masque est plus difficile, il faut un masque adapté or les masques chirurgicaux adultes ne conviennent pas aux enfants. On peut proposer une écharpe si l'enfant est symptomatique.
  • La distanciation sociale : le plus important est d'essayer de limiter au maximum le contact entre les enfants et les personnes fragiles.

  

Même si les grands-parents veulent voir leurs enfants et petits-enfants, c'est une période dans laquelle il faut vraiment éviter les contacts étroits entres les sujets fragiles et les enfants qui peuvent être des contamineurs complétement asymptomatiques.

Il faut donc respecter les règles et essayer de voir le moins de monde possible.

On ne peut toutefois pas laisser les enfants seuls, il faut donc limiter leurs relations à un cercle de proches (frères et sœurs, parents …) et ne pas l'étendre au-delà de 5 personnes.

Les enfants doivent rester chez eux mais on peut autoriser quelques sorties à l'extérieur avec comme consignes de ne pas aller voir les autres enfants à moins de 1 mètre s'ils ne se connaissent pas et de se laver soigneusement les mains, avant et après la sortie.

Un autre message important à faire passer, qui dépasse un peu le cadre du coronavirus, c'est que comme les enfants ont envie de se défouler plus que d'ordinaire du coup on a une recrudescence d'accidents domestiques, de chutes d'arbre… Il faut donc veiller aux risques usuels. Il faut autoriser les activités physiques en donnant leurs protections nécessaires mais surtout en les surveillant.

Que faire en cas de symptômes chez l'enfant ?

La même règle s'applique que pour les adultes. Il faut joindre son médecin traitant, la plupart d'entre eux ont mis en place des téléconsultations qui sont tout à fait efficientes pour les enfants. 

D'autre part, aux urgences pédiatriques, on a identifié deux filières : 

  • Une filière «  COVID  » pour les enfants qui présentent des symptômes compatibles avec une infection liée au coronavirus,
  • Une filière «  sans COVID  » pour les autres prises en charge.
     

Les signes de gravité sont les mêmes chez les enfants que pour les adultes : les douleurs thoraciques, les difficultés respiratoires et la fièvre. 

 

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