Le Tétanos

Histoire de la maladie

Le tétanos est une maladie d’origine infectieuse, due à une bactérie de l’environnement, Clostridium tetani, localisée essentiellement dans la terre, la poussière, les plantes… (9,30)

Cette maladie est connue depuis des temps très anciens. La première référence étant dans le papyrus d’Edwin Smith (1500 avant J.C.). Dans l’Antiquité classique, des cas ont été décrits par Hippocrate (vers 460- vers 377 avant J.C.). La première description complète date du IIème siècle par Arrétée de Cappadoce.  
Le tétanos ombilical était connu des auteurs chinois et décrit dans un traité en 1556 par Sie K’ai et Sie Ki. La relation tétanos-asepsie a été évoquée dès la Renaissance. Entre 1855 et 1876 à Saint Kilda (Archipel Ecossais), sur 56 naissances il y a eu 41 décès secondaires au tétanos néonatal. Le révérend A. Fiddes avec l’aide d’infirmières de Glasgow ont amélioré les soins ombilicaux et ont permis de diminuer cette incidence. En effet, jusque là ces soins étaient réalisés selon une méthode traditionnelle où un chiffon trempé dans du beurre salé ou de la graisse de fulmar était conservé dans de mauvaises conditions d’asepsie.
Au XVIIIème et XIXème siècles, le tétanos était très répandu en Europe particulièrement dans les armées en campagne.

L’étiologie exacte de la maladie reste longtemps obscure. En 1854, J. Simpson désigna la plaie comme cause première de la maladie. L’étiologie infectieuse fut par la suite évoquée par plusieurs auteurs mais non prouvée (6,31,32).

Eléments de clinique

Le tétanos est une maladie aiguë grave. Elle est due à la toxine produite par la bactérie présente dans la terre. La contamination peut se faire après n’importe quelle coupure, blessure, plaie. Il ne s’agit pas d’une maladie contagieuse. Tout le monde peut contracter la maladie.

La maladie se manifeste par des spasmes, des contractures musculaires intenses et des convulsions. La maladie peut se manifester sous trois formes : la forme généralisée (80% des cas), la forme localisée (région anatomique proche de la plaie), et la forme céphalique (atteinte des nerfs crâniens). L’atteinte des muscles respiratoires peut entraîner le décès par asphyxie.
La forme généralisée, qui est la plus fréquente, se manifeste par des spasmes précoces de la mâchoire (trismus) rendant impossible l’ouverture de la bouche. Ensuite les contractures continues des muscles du dos provoquent une cambrure vers l’arrière de la tête, du cou et de la colonne vertébrale (opisthotonos). Des convulsions généralisées soudaines surviennent, souvent en réaction à des stimuli (9,22,30,33).

Le vaccin

Histoire

La nature tellurique de l’infection est mise en évidence par A. Carle et G. Rattone en 1884 en inoculant le tétanos à des lapins avec de la terre. La même année, A. Nicolaier a été le premier à décrire les bacilles. Il ne réussit cependant pas à mettre en culture ces germes.

En 1889, S. Kitasato réussit la culture de ces bactéries en condition d’anaérobie (milieu sans air). En 1890 le danois K. Faber mis en évidence la toxine tétanique (1 an après la découverte de la toxine diphtérique). Cette même année, E. Behring et S. Kitasato ont mis en évidence l’antitoxine tétanique en inoculant la toxine à des lapins. Par la suite, E. Roux et ses collaborateurs ont mis au point le sérum antitétanique.

En 1923, G. Ramon a découvert l’anatoxine, un dérivé inoffensif de la toxine qui conserve son pouvoir vaccinant. Ce vaccin est réalisé selon le même procédé que l’anatoxine diphtérique (6,31,32).

Conséquences

Le vaccin est obligatoire en France depuis 1940. En 1945, 1000 cas de décès de tétanos étaient déclarés. En 1975, le nombre de cas déclarés a diminué à plus de 300 cas dont 171 décès. En 2016, il y a eu 4 cas déclarés dont 1 décès.

L’efficacité vaccinale est pratiquement de 100%. A cause d’une politique de rappels pas toujours bien mise en pratique, la maladie n’a pas encore disparu. Le nombre de cas annuel reste faible avec moins de 20 cas par an depuis 2005 soit une incidence de 0,13 cas/million d’habitants de 2005 à 2016. Le tétanos n’est pas une maladie contagieuse, ainsi une couverture vaccinale importante ne protège pas les sujets non ou mal vaccinés. Seule une vaccination individuelle complète avec les rappels protège contre la maladie (30,33,34).

La maladie de nos jours

En France

La maladie est encore présente en France. La déclaration du tétanos est obligatoire. Entre 2005 et 2016, 108 cas ont été déclarés dont 30 décès soit une létalité de 28%. Parmi ces cas 76% étaient de sujets âgés de 70 ans et plus. Les femmes étaient plus touchées avec 71% des cas. Les femmes sont certainement moins bien protégées que les hommes car ceux-ci dans ces catégories d’âges bénéficiaient du rappel vaccinal lors du service militaire.

Pour la majorité des cas (75%) on retrouve comme porte d’entrée une blessure minime souillée par la terre ou les végétaux. Les plaies chroniques représentent environ 10 à 15% des cas. Dans environ 10 à 15 % des cas, les plaies peuvent passer inaperçues.

Depuis 2005, 4 cas ont été déclarés chez des enfants de 3 à 13 ans, tous non vaccinés bien qu’ils soient nés en France et que la primo-vaccination soit obligatoire. Le tétanos, contrairement au vaccin, ne confère pas de protection. Une amélioration des politiques de rappels permettrait d’éviter la survenue de ces cas et de décès (9,30,34).

Dans le monde

Le tétanos reste un problème de santé publique important dans de nombreuses parties du monde où les programmes de vaccination sont inadéquats en particulier dans les pays à faibles revenus. La majorité des cas de tétanos dans ces pays sont liés à la naissance et surviennent chez des mères insuffisamment vaccinées ou chez leurs nouveau-nés (qui ne sont pas protégés contre le tétanos lié à la naissance par absence d’anticorps maternels) à la suite d’un accouchement, d’un avortement et de soins post-natals ou de soins de cordon pratiqués dans de mauvaises conditions d’hygiène (instruments non stériles, substances contaminées pour couvrir le moignon ombilical, accouchement par des personnes qui ne se sont pas lavé les mains).

Dans les pays qui ont réussi à diminuer la charge du tétanos maternel et néonatal la majorité des cas est due à des blessures chez les enfants, ainsi que chez les adultes.

Dans de nombreux pays, la surveillance du tétanos n’est pas bien établie et on ignore l’incidence exacte. L’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’en 2015 il y a eu 34 000 nouveau-nés qui sont décédés du tétanos néonatal (détection du tétanos néonatal dans les établissements de santé). Cela représente une baisse de 96 % par rapport à 1988. Il est à noter que de nombreux cas surviennent en dehors du système de santé et ne sont donc pas notifiés. Il n’existe aucune estimation mondiale du tétanos chez les plus de 5 ans y compris pour le tétanos maternel.

Dans les pays qui parviennent à maintenir une couverture vaccinale élevée depuis plusieurs décennies le taux d’incidence de la maladie est très faible et les cas qui persistent surviennent chez des personnes non ou insuffisamment vaccinées. Dans l’Union Européenne, où la plupart des états membres ont des systèmes de vaccination et de surveillance efficaces, le nombre de cas varie entre 49 et 167 par an depuis 2006. En 2014, l’incidence totale était de 0,01 cas pour 100 000 habitants et 65% des personnes avaient un âge égal ou supérieur à 65 ans (22).

Tétanos
France
  • En presque 80 ans, passage de plusieurs centaines de cas annuels à quelques cas sporadiques (<20/an)
  • Ces cas surviennent chez des personnes non-vaccinées dont des enfants
Monde
  • Plus de 30000 décès de nouveau-nés dus au tétanos en 2015
Informations
  • Pas d'immunité de groupe (maladie non contagieuse)
  • Réservoir tellurique : son éradication est donc impossible